DPE 2026 : pourquoi 850 000 passoires changent d'étiquette sans travaux
Publié le 13 août 2025 au JORF et applicable au 1er janvier 2026, un arrêté modifie le facteur de conversion énergie finale → énergie primaire de l'électricité, qui passe de 2,3 à 1,9. Mécaniquement, environ 850 000 logements sortent du statut de passoire — sans qu'un seul mètre carré n'ait été isolé.
1. Le DPE en 90 secondes
Le diagnostic de performance énergétique (DPE) attribue à un logement deux étiquettes : une étiquette énergie (A à G), basée sur la consommation conventionnelle d'énergie primaire ramenée au m² et par an (kWhEP/m²/an), et une étiquette climat (émissions de CO₂eq). Pour calculer la consommation en énergie primaire, on multiplie la consommation en énergie finale (celle facturée) par un facteur de conversion propre à chaque vecteur énergétique.
Historiquement, ce facteur est de 1 pour le gaz, le fioul, le bois… et de 2,58 puis 2,3 pour l'électricité. Un coefficient qui pèse lourd dès lors que le logement est chauffé au radiateur électrique ou à la pompe à chaleur.
2. Ce que change l'arrêté du 13 août 2025
L'arrêté du 13 août 2025 modifie le facteur de conversion de l'énergie finale en énergie primaire de l'électricité :
Le changement s'applique à tous les DPE émis à compter du 1er janvier 2026. Les seuils des classes A à G, eux, restent inchangés.
3. Pourquoi 1,9 ? L'alignement européen
La valeur 1,9 est la valeur de référence par défaut retenue au niveau européen pour le facteur d'énergie primaire de l'électricité dans la directive « Efficacité énergétique » (EED) refondue. Le coefficient français de 2,3, longtemps justifié par une part importante de production thermique, ne reflète plus l'évolution du mix électrique hexagonal (montée en puissance du nucléaire renouvelé, de l'éolien et du solaire). C'est donc une mise à niveau du calcul — pas une faveur faite à l'électricité, mais une correction d'un coefficient devenu trop pénalisant.
La FAQ DPE du ministère détaille la mécanique : rt-re-batiment.developpement-durable.gouv.fr.
4. Qui change d'étiquette, qui ne change pas
- Logements chauffés à l'électricité (effet Joule ou PAC) — gain mécanique d'environ 17 % sur la consommation en énergie primaire. La plupart bénéficient d'une étiquette en moins (G → F, F → E…), parfois deux pour ceux qui se trouvaient juste au-dessus d'un seuil.
- Logements chauffés au gaz / fioul / bois — facteur inchangé : aucun effet sur l'étiquette.
- Logements en hybride (chauffage gaz + ECS électrique, par exemple) — gain partiel, plafonné à la part de consommation d'électricité.
Selon le ministère, environ 850 000 logements F ou G sortiraient mécaniquement du statut de passoire thermique au 1er janvier 2026 — voir le communiqué officiel.
5. L'articulation avec la Loi Climat (location)
La loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 « Climat et Résilience » interdit progressivement la location des logements les moins performants : G depuis le 1er janvier 2025, F à compter de 2028, E à compter de 2034. Le nouveau coefficient change donc le périmètre du parc concerné :
- Une partie des logements aujourd'hui classés G chauffés à l'électricité bascule en F et peut, en théorie, être remise en location.
- Pour autant, l'échéance 2028 (interdiction des F) approche : l'effet est plus un répit qu'une dispense.
- Les logements chauffés au gaz/fioul ne bénéficient d'aucun changement et restent dans la même trajectoire.
Le calcul change, le bâti non. Un logement mal isolé reste mal isolé. La consommation réelle, elle, ne baisse pas.
6. La limite : ce que la réforme ne change pas
Le passage de 2,3 à 1,9 réduit l'indicateur conventionnel — pas la facture du locataire ni le confort hivernal. Plusieurs voix dans le secteur (associations de transition énergétique, observateurs du marché) ont souligné le caractère artificiel du reclassement lorsqu'il n'est pas accompagné de travaux. C'est un débat ouvert. Le ministère met en avant la cohérence européenne et l'incitation à l'électrification décarbonée du chauffage ; les critiques mettent en avant le risque de relâcher la pression de rénovation sur le parc concerné.
7. Ce que ça change pour les pros
| Acteur | Impact opérationnel |
|---|---|
| Diagnostiqueurs (DPE) | Mettre à jour la version 3CL / le moteur de calcul ; refaire les DPE émis fin 2025 si la durée de validité l'impose. |
| Bailleurs | Vérifier si le logement G chauffé électrique bascule en F (revente possible, location à reprogrammer avec 2028 en ligne de mire). |
| Syndics & copropriétés | Réviser les DPE collectifs et plans pluriannuels de travaux (PPT) en conséquence ; ne pas relâcher la programmation rénovation. |
| BET énergie / AMO | Recalculer les scénarios d'audit énergétique réglementaire ; arbitrer entre travaux d'enveloppe et changement de vecteur énergétique. |
| Promoteurs neufs | Impact indirect via l'Ic Énergie de la RE2020 : la trajectoire 2025-2028-2031 reste exigeante (voir notre article dédié). |
8. À retenir
L'arrêté du 13 août 2025 aligne le facteur électrique sur la valeur européenne ; mécaniquement, environ 850 000 logements sortent du statut de passoire au 1er janvier 2026. Ni le bâti, ni la facture, ni le confort ne changent : seul le coefficient bouge. Pour les pros — diagnostiqueurs, bailleurs, syndics, BET — l'enjeu est d'intégrer la nouvelle base de calcul tout en gardant le cap des échéances 2028 (F) et 2034 (E) de la loi Climat.
Sur la plateforme
Le module Énergie™ de MADIOR met à jour automatiquement le facteur d'énergie primaire au 1er janvier 2026 et permet de simuler l'impact étiquette d'un DPE avant/après réforme, lot par lot pour un parc.
Voir la plateforme ↗Article informatif ; le DPE engageant la responsabilité d'un diagnostiqueur certifié, toute décision opérationnelle doit s'appuyer sur le diagnostic dûment réalisé et sur les textes officiels publiés sur Légifrance.